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Le modèle de Fogg pour promouvoir la durabilité

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Diverses enquêtes d'opinion menées au cours de la dernière décennie indiquent qu'une part significative de la population considère le changement climatique comme un problème majeur et exprime une préoccupation sincère quant à ses conséquences environnementales, sociales et économiques (European Commission, 2017 ; Pew Research Center, 2015). Pourtant, traduire cette préoccupation en actions quotidiennes concrètes — trier les déchets, réduire sa consommation d'énergie, opter pour un transport durable — s'avère difficile pour la plupart des gens. Il ne s'agit pas, dans la majorité des cas, d'indifférence ni de manque de volonté. Il existe des obstacles réels — psychologiques, sociaux et structurels [1] — qui empêchent que la connaissance se transforme en pratique (Gifford, 2011 ; Lorenzoni, Nicholson-Cole et Whitmarsh, 2007).


Javier Trespalacios

Instagram Suforall


Face à ce problème, le Modèle de Comportement de BJ Fogg [2] (Fogg Behavior Model, FBM) offre un cadre conceptuel utile pour comprendre pourquoi les individus agissent ou s'en abstiennent, et pour concevoir des environnements numériques qui réduisent les frictions comportementales [3] bloquant l'action. Associé à la captologie — l'étude de la manière dont la technologie peut modifier les comportements de façon éthique (Fogg, 2003) — et aux principes du design persuasif<sup>4</sup> et de la gamification, ce modèle fournit des outils concrets pour transformer l'intention environnementale en habitude durable. Son approche s'inscrit dans le champ de la psychologie environnementale [5] et de la théorie du comportement planifié [6] (Ajzen, 1991).


Le Modèle de Fogg : motivation, capacité et déclencheur

Le FBM établit qu'un comportement ne se produit que lorsque trois éléments convergent simultanément : la motivation (M), la capacité (A) et un déclencheur (T) (Fogg, 2009). Si l'un des trois fait défaut, le comportement n'a pas lieu. Fogg le représente par l'expression conceptuelle B = M × A × T, où le symbole de multiplication ne désigne pas une opération arithmétique mais la nécessité que les trois facteurs soient présents en même temps : aucun ne peut compenser l'absence totale d'un autre.

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Javier Trespalacios, Fogg

Modèle de Comportement de BJ Fogg (Fogg, 2009)


Pour la conception de plateformes numériques orientées vers la durabilité, l'implication est directe : l'intention d'agir est généralement présente, mais son exécution est bloquée par une difficulté perçue, l'absence d'opportunités claires ou le manque de signaux activant le comportement au bon moment. Le modèle indique avec précision où intervenir.


Le FBM s'inscrit dans la tradition de la psychologie cognitivo-comportementale [7] et s'aligne sur la Théorie du Comportement Planifié (Ajzen, 1991), qui identifie trois facteurs déterminants de la conduite : l'attitude personnelle envers l'action, les normes sociales perçues et le degré de contrôle que l'individu ressent sur sa propre capacité à agir. Contrairement aux approches antérieures centrées sur les variables internes, le FBM précise comment ces variables doivent se synchroniser avec des éléments externes de l'environnement pour que le changement soit possible et durable dans le temps.


Motivation (M) : ce qui pousse à agir

Fogg distingue trois axes motivationnels duaux : plaisir/douleur, espoir/crainte et acceptation/rejet social (Fogg, 2003). Les individus n'agissent pas pour des raisons abstraites, mais par désir de se rapprocher d'expériences positives ou de s'éloigner de conséquences négatives.


Dans le domaine de la durabilité, cela implique d'identifier ce qui motive réellement chaque personne : la satisfaction de réduire son empreinte environnementale, l'espoir de contribuer au bien-être collectif, ou la reconnaissance reçue de sa communauté lors de l'adoption de pratiques responsables. Les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies constituent un cadre normatif de référence pouvant orienter la conception d'interventions en faveur de l'action environnementale (Nations Unies, 2015).


Capacité (A) : simplifier l'action

Fogg définit la capacité non pas comme une compétence technique, mais comme une simplicité perçue [8] : plus une action est facile à réaliser, plus elle a de chances de se produire (Fogg, 2009). Ce principe guide le design comportemental [9] en matière de durabilité : réduire les étapes, éliminer les décisions inutiles et proposer des guides clairs augmente la probabilité qu'une personne agisse.


Les applications numériques qui affichent des actions durables géoréférencées ou des recommandations adaptées au contexte local augmentent la perception d'auto-efficacité : la conviction que l'on est capable de réaliser l'action souhaitée. En réduisant la complexité perçue, la conception comble l'écart entre intention et comportement.


Déclencheur (T) : le signal qui active l'action

Le déclencheur est le stimulus externe qui impulse l'action au moment opportun. Pour être efficace, il doit se synchroniser avec l'état interne de l'utilisateur : sa combinaison actuelle de motivation et de capacité. Fogg (2009) distingue trois types :


  • Facilitateurs : utiles lorsque la motivation est élevée mais la capacité limitée. Par exemple, un tutoriel étape par étape sur la façon de trier correctement les déchets.

  • Signaux : agissent comme des rappels lorsque la motivation et la capacité sont déjà suffisantes. Une notification informant du jour de collecte du recyclage.

  • Motivateurs : génèrent un élan émotionnel lorsque la capacité est présente mais que la motivation a diminué. Un message montrant l'impact positif cumulé des actions d'une communauté.


L'influence sociale amplifie l'effet des déclencheurs : lorsqu'un comportement durable devient visible au sein d'une communauté, il peut se consolider comme norme descriptive et faciliter son adoption par d'autres membres du groupe (Nolan, Schultz, Cialdini, Goldstein et Griskevicius, 2008).


Captologie et conception persuasive : la technologie au service du changement

La captologie, fondée par Fogg (2003), étudie comment les technologies persuasives [10] peuvent influencer de façon éthique et efficace le comportement humain. Ses principes de conception persuasive incluent : la réduction de tâches complexes à des actions minimales ; le guidage étape par étape de l'utilisateur pour éviter les distractions (principe du tunnel) ; les interventions contextuelles lors de moments critiques ; la personnalisation de l'expérience selon les préférences de l'utilisateur ; la visualisation claire du progrès par l'automonitorage ; et le renforcement par la reconnaissance et le soutien communautaire.


L'intégration de ces principes dans des plateformes numériques réduit les obstacles, augmente la motivation et favorise la répétition des comportements, ce qui est une condition nécessaire à la formation d'habitudes durables.


Gamification et reconnaissance sociale

La reconnaissance sociale a un poids réel dans l'adoption de comportements durables. La recherche sur les normes sociales montre que percevoir que d'autres membres d'une communauté agissent de manière responsable peut influencer positivement le propre comportement, surtout lorsque cette information est présentée de façon visible et proche (Schultz, Nolan, Cialdini, Goldstein et Griskevicius, 2007). La gamification — points, badges, niveaux — peut renforcer cet effet en incitant à la participation et en transformant de petites actions en engagements répétés.


La gamification ne produit pas toujours des changements permanents immédiatement, mais elle promeut des micro-engagements qui, avec la répétition et la reconnaissance sociale, peuvent devenir des habitudes. Le sentiment d'appartenance et d'identité communautaire joue un rôle ici. L'attachement au lieu a été identifié comme un facteur pertinent pour expliquer la continuité de l'action environnementale (Wynveen, Kyle et Sutton, 2012).


Application pratique : proposition de plateforme numérique pour la durabilité

Une plateforme numérique intégrant le modèle Fogg, la captologie et la gamification pourrait s'articuler autour des éléments suivants :


  • Enregistrement rapide d'actions durables réalisable en moins d'une minute

  • Documentation par capture photographique avec attribution des ODD et géolocalisation automatique

  • Référentiel de bonnes pratiques avec des formats visuels facilitant leur reproduction

  • Tableau de bord personnel d'impact avec des métriques telles que CO₂ évité, eau économisée et contributions aux ODD

  • Reconnaissance sociale par la visualisation des réalisations communautaires en temps réel

  • Gamification basique avec points, niveaux et badges

  • Micro-défis hebdomadaires qui impulsent la continuité par des challenges de courte durée


Dans cette architecture, la motivation émerge du contenu et des réalisations sociales ; la capacité est renforcée par des actions simples et bien guidées ; et les déclencheurs s'activent par l'interaction sociale et les notifications contextuelles.


Le cas de Too Good To Go

Un exemple illustratif de la façon dont le FBM peut s'appliquer à la durabilité est Too Good To Go, plateforme contre le gaspillage alimentaire fondée en 2015 à Copenhague, au Danemark. Les mécanismes décrits ci-dessous représentent le type de stratégies qu'une plateforme de ce type peut mettre en œuvre ; ils ne constituent pas une description vérifiée de son fonctionnement exact. Le comportement qu'elle promeut — acheter et récupérer un "pack surprise" de nourriture excédentaire — est activé par les trois composantes du FBM :


  • Motivation (M) : l'application ne repose pas uniquement sur l'altruisme. Elle combine le plaisir des économies (nourriture de qualité à environ un tiers de son prix), l'espoir de réduire l'impact environnemental et le sentiment d'appartenance à une communauté de "héros" du gaspillage alimentaire. Les trois axes motivationnels de Fogg opèrent simultanément.

  • Capacité (A) : la géoréférence affiche les établissements proches de l'utilisateur, éliminant l'effort de recherche. Le "pack surprise" supprime les décisions de choix de plats — qui demandent un effort cognitif — et le paiement s'effectue en quelques étapes depuis le mobile, augmentant la perception d'auto-efficacité.

  • Déclencheur (T) : si l'utilisateur a l'habitude d'acheter en fin de journée, l'application peut envoyer une notification push quelques minutes avant, comme signal de rappel. Si l'utilisateur est inactif depuis un moment, des messages de réactivation émotionnelle mettant en avant l'impact cumulé de la communauté servent de motivateurs.


Le résultat est que le comportement se produit parce que le déclencheur arrive à un moment où la motivation et la capacité sont suffisantes pour dépasser le seuil d'action.


Too good to go; Javier Trespalacios; Suforall

App Too Good To Go


Exemples dans les villes, les écoles et les entreprises

Les exemples suivants montrent comment le FBM (M–A–T), combiné avec la captologie, la gamification et la conception persuasive, transforme l'intention durable en actions simples, répétables et socialement renforcées dans trois domaines : villes, écoles et entreprises.


Villes : mobilité durable

Un système numérique municipal peut encourager le transport à faibles émissions grâce à des tableaux de bord comparant les performances durables entre quartiers et visualisant le CO₂ évité collectivement. Des cartes simplifiées avec des itinéraires sélectionnables en un seul clic réduisent la barrière de capacité. Les notifications géolocalisées alertant l'utilisateur lorsqu'il se trouve près d'une station de vélos ou d'un nœud de transport public servent de déclencheurs efficaces.


Écoles : habitudes responsables

Une application éducative pour l'enregistrement des actions durables des élèves peut générer de la motivation par des compétitions amicales entre classes et une reconnaissance hebdomadaire visible pour toute la communauté scolaire. Un enregistrement ultra-simplifié — un seul clic pour confirmer des actions comme "J'ai apporté ma bouteille réutilisable" — réduit au minimum la barrière de capacité. Les rappels automatiques avant la récréation ou à l'entrée de l'établissement fonctionnent comme des déclencheurs stratégiques.


Entreprises : efficacité énergétique

Un outil interne d'entreprise peut orienter les employés vers la réduction des consommations d'énergie inutiles. Un tableau de bord visible dans les espaces communs montrant les économies accumulées par chaque équipe génère une responsabilité partagée. Les instructions contextualisées facilitent l'action, et les notifications en fin de journée ou les alertes liées à des capteurs d'activité fonctionnent comme des déclencheurs bien synchronisés avec l'état de l'utilisateur.


Conclusions

Le Modèle de Comportement de BJ Fogg offre un cadre rigoureux pour comprendre pourquoi l'intention durable se transforme rarement en action, et pour concevoir des interventions qui comblent cet écart. Lorsque la motivation, la capacité et les déclencheurs sont intégrés de façon cohérente dans des plateformes numériques, les comportements durables cessent de dépendre uniquement de la volonté individuelle et deviennent des choix accessibles, renforcés socialement et alignés sur les routines quotidiennes.


Les exemples dans les villes, les écoles et les entreprises démontrent que la conception persuasive et la gamification, bien appliquées, génèrent des engagements plus stables et visibles, facilitent la coopération collective et contribuent à la formation de normes sociales favorables au changement environnemental. Avec les bons mécanismes, la durabilité peut se transformer en un comportement répétable, mesurable et socialement validé.


"De petits changements dans le comportement individuel, amplifiés par l'effet des réseaux sociaux, peuvent générer un impact durable à l'échelle collective" — JT

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Notes

[1] Barrières psychologiques à l'atténuation climatique : raisons internes — déni, distance psychologique, peur du changement — qui rendent difficile pour les personnes l'adoption de comportements visant à réduire l'impact environnemental (Gifford, 2011).

[2] BJ Fogg est chercheur en comportement humain et en technologie, et directeur du Behavior Design Lab de l'Université de Stanford. Il est le créateur du Modèle de Comportement (FBM) et le fondateur de la captologie, discipline qui étudie comment la technologie peut influencer de façon éthique les habitudes humaines.

[3] Réduire les frictions comportementales signifie simplifier ou éliminer les obstacles — complexité, doutes, manque de temps — qui rendent difficile pour une personne la réalisation d'une action souhaitée, facilitant ainsi l'adoption de nouveaux comportements.

[4] Conception persuasive : technique qui applique des principes psychologiques à la conception de produits et d'environnements numériques pour motiver l'utilisateur à effectuer des actions spécifiques. Ses stratégies comprennent la réduction des étapes, la personnalisation, la rétroaction et les récompenses sociales.

[5] Psychologie environnementale : branche de la psychologie qui étudie comment l'environnement physique et social influence le comportement humain et la prise de décisions durables.

[6] Théorie du Comportement Planifié (Ajzen, 1991) : soutient que la probabilité d'exécuter un comportement dépend de l'intention de l'individu, formée à partir de trois facteurs : les attitudes personnelles envers l'action, les normes sociales perçues et le degré de contrôle perçu sur son propre comportement.

[7] Psychologie cognitivo-comportementale : discipline qui analyse comment les pensées, les émotions et les stimuli externes interagissent dans la formation et le changement des comportements humains.

[8] La simplicité perçue est la sensation qu'un produit ou système est facile à comprendre et à utiliser, indépendamment de sa complexité interne.

[9] Conception comportementale : approche qui applique des principes de la psychologie et des sciences du comportement à la conception de produits, services ou environnements, avec l'objectif d'influencer de manière positive et éthique les décisions des personnes.

[10] Technologies persuasives : systèmes numériques conçus pour influencer les attitudes ou les comportements sans recourir à la coercition. Ils utilisent des principes de psychologie, de conception et de communication pour motiver, faciliter ou guider des actions spécifiques de manière éthique (Fogg, 2003).


Références

Ajzen, I. (1991). The theory of planned behavior. Organizational Behavior and Human Decision Processes, 50(2), 179–211. https://doi.org/10.1016/0749-5978(91)90020-T

European Commission. (2017). Special Eurobarometer 459: Climate change. https://ec.europa.eu/clima/sites/clima/files/support/docs/report_2017_en.pdf

Fogg, B. J. (2003). Persuasive technology: Using computers to change what we think and do. Morgan Kaufmann Publishers. https://doi.org/10.1016/B978-1-55860-643-2.X5000-8

Fogg, B. J. (2009). A behavior model for persuasive design. En Proceedings of the 4th International Conference on Persuasive Technology (Artículo 40). ACM. https://doi.org/10.1145/1541948.1541999

Gifford, R. (2011). The dragons of inaction: Psychological barriers that limit climate change mitigation and adaptation. American Psychologist, 66(4), 290–302. https://doi.org/10.1037/a0023566

Lorenzoni, I., Nicholson-Cole, S. y Whitmarsh, L. (2007). Barriers perceived to engaging with climate change among the UK public and their policy implications. Global Environmental Change, 17(3-4), 445–459. https://doi.org/10.1016/j.gloenvcha.2007.01.004

Naciones Unidas. (2015). Transformar nuestro mundo: la Agenda 2030 para el Desarrollo Sostenible. https://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/RES/70/1&Lang=S

Nolan, J. M., Schultz, P. W., Cialdini, R. B., Goldstein, N. J. y Griskevicius, V. (2008). Normative social influence is underdetected. Personality and Social Psychology Bulletin**, 34(7), 913–923. https://doi.org/10.1177/0146167208316691**

Pew Research Center. (2015). Climate change seen as top global threat. https://www.pewresearch.org/global/2015/07/14/climate-change-seen-as-top-global-threat/

Schultz, P. W., Nolan, J. M., Cialdini, R. B., Goldstein, N. J. y Griskevicius, V. (2007). The constructive, destructive, and reconstructive power of social norms. Psychological Science**, 18(5), 429–434. https://doi.org/10.1111/j.1467-9280.2007.01917.x**

UNESCO. (2017). Education for Sustainable Development Goals: Learning objectives. https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000247444

Wynveen, C. J., Kyle, G. T. y Sutton, S. G. (2012). Place meanings as antecedents of place attachment among marine reserve users. Environment and Behavior, 44(5), 570–589. https://doi.org/10.1177/0013916511402059



Suforall

Javier Trespalacios
Orbe, Suisse
2019

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Tout le monde sur la planète devrait avoir des connaissances sur la durabilité

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